Le grand décalage

Il y a exactement 365 jours, je terminais un trek dans l’Himalaya. Je me rappellerai longtemps de cette journée où nous avions gravi ces 1600 mètres en une journée. En bas, il y avait des sources d’eau chaude, des oranges dans les arbres, des rapides d’eau pure et bleue… et en haut, une vue imprenable sur les plus hauts sommets de la planète. Je venais de rencontrer Julie et Jon, des compatriotes québécois. Avec eux, mon amie Geneviève et tout ce que je possédais sur mon dos, je me rappelle être allé au bout de moi-même. À la fin du trajet entre Tatopani et Gorepani, nous avions trouvé une modeste auberge à flanc de montagne, un foyer bien rempli, de la tarte aux pommes maison et encore de l’énergie pour faire la fête toute la nuit. C’est ainsi que je donnais le ton à une quatrième décennie de vie et à une rocambolesque aventure de quatre mois dans un continent fascinant. Avec ces images en tête, un an plus tard, il est encore plus dur d’accepter la transplantation de mon backpack par un ordinateur portable avec lequel je converse dans un langage bizarre en forme de grille Excel et de rapports d’analyse tellement politically correct qu’il faut les faire bouillir toute une nuit pour en extraire de la substance. On récolte la poésie que l’on a semée. Avec le reste du cheptel, me revoilà à brouter 50 heures par semaine les petits bouts de fraîcheur que l’Amérique corporative veut parfois laisser s’échapper de son gros sac plein de rêves. Derrière mon bureau et ma laisse Wi-Fi, j’ai parfois l’impression de devoir marcher sur des œufs. Marcher avec une retenue imposée, planifiée pour de ne pas éveiller d’embryons qui pourraient éclore et prendre de place dans le poulailler. 

Mais depuis mon retour, l’aventure se poursuit. En atterrissant à Montréal, ma sœur m’a appris que j’allais devenir parrain. Quelques semaines plus tard, le cœur léger dans un énorme ascenseur vide, j’ai rencontré celle qui a tout pour devenir la marraine. Vous savez… celle qu’on avait arrêté d’attendre… eh bien c’est elle. Et puis il y a eu mon déménagement dans un appartement où il fait bon vivre, les excursions improvisées à la plage avec celle qui est devenu ma compagne de vie et la naissance de ma fieulle. Tous des événements qui me font réaliser que la vie, même en citadin sédentaire, est un voyage fantastique. Mais depuis mon retour, plus que jamais, je comprends que je ne suis pas fait pour le tourisme. Dans un cubicule gris mal aéré, le décalage est trop grand pour moi. Guide touristique m’irait peut-être ? Ou tout simplement grand aventurier ?

Je sens mes trippes gronder. De la braise encore bien chaude n’attend qu’une toute petite branche pour alimenter mon dirigeable. Et si je n’étais revenu que pour y chercher ce que j’avais laissé et mieux repartir ?

Souvenir d’une promenade à Hoi An

Déjà une semaine que je suis revenu à Montréal. Je commence tranquillement à m’adapter au décalage horaire, culturel et saisonnier. Je suis loin du stade où l’on se fait à coire que l’on aime le froid et les fameuses joies de l’hiver. Je travaille là-dessus depuis 30 ans de toute façon. Ce jour viendra peut-être… quand je me réincarnerai en ours ! Mais je suis de ceux qui croient que les printemps de Montréal sont les plus beaux du monde à cause des rudes hivers qui les mettent en relief. Alors en attendant les beaux jours, les jupes courtes et la fonte des neiges sur mon spot au Parc Lafontaine, je me réchaufferai avec mes photos prises en Asie; là où le soleil était assez fort pour illuminer mon regard, me donner des couleurs et faire sécher les poissons pêchés dans la mer qui n’était toujours pas très loin. Vous embarquez avec moi ? Aujourd’hui, on part en promenade dans les rues de Hoi An au Vietnam.

Commençons par un bref saut au marché….

… pour ensuite s’égarer dans les ruelles…

… et y rencontrer un taleutueux sculpteur qui parle français.

Il nous fait visiter son atelier, sa maison et nous présente à sa famille.

Tout près de là, on passe devant un temple parmi tant d’autres. J’espère ne jamais me lasser de la beauté des efforts déployées pour célébrer ce qui nous dépasse.

Vous avez un petit creux ? Suivez-moi, je vais vous montrer un resto familial où j’ai passé de belles fins de journées en compagnie d’autres routards.

J’ai toujours de la place pour les spécialités locales. À Hoi An, on mange du Cao lầu, et des White Roses.

Une ou deux Bia Hoi bien froides… notre langue se délie et on commence à parler vietnamien.
Prix d’un bock : 4000 dongs vietnamiens ou ~25 cents.
Trois, quatre Bia Hoi…et pourquoi pas une tournée générale… à ce prix-là, on peut se gâter !

De notre table, la vue est magnifique.

Prochaine fois, ça vous dirait une ballade à vélo dans les villages environnants ?

Alternate ending d’un voyage en Asie

C’est en direct de Montréal que je vous écris ce matin. Je vous partagerais bien quelques photos et histoires de mes trois dernières semaines mais il fait trop froid ici. J’ai beaucoup de difficulté à écrire avec mes mitaines. Et surtout, le scaphandre que j’ai enfilé pour adoucir la violente recompression de mon retour me rend quelque peu imperméable. Voici quand même quelques lignes qui j’espère ne seront pas trop teintées par les bleus de mon humeur.

Comme le slogan de ce blogue le décrit, j’aime bien classer les événements de ma vie en les plaçant dans la structure type d’un bon téléroman. Jusqu’à présent, cette technique me permet de soutenir une trame narrative qui, je l’espère, ne me laissera pas sur ma faim après la projection du film accompagnant mon dernier souffle. Dans ce cadre d’analyse, le dénouement du dernier épisode de la saison se passe donc dans une ruelle de Bangkok, à la sortie d’une chaleureuse auberge familiale. Le plan final montre un voyageur de trente ans, deux heures avant son départ à la maison, déchirant son billet de retour pour suivre son instinct qui n’avait pas hurlé aussi fort depuis longtemps. Je trouve que l’image laisse un bon feeling et ouvre sur la possibilité d’un spin off qui pourrait s’avérer encore plus captivant que la série d’origine. Mais cette fin a malheureusement dû être réécrite. Des dispositions contractuelles avec le producteur obligent l’acteur principal à revenir à Montréal pour le tournage de la prochaine saison. Et hop, un autre concept d’émission relégué aux oubliettes pour des raisons techniques. Des contraintes artistiques s’imposent inévitablement aux scénaristes qui font des compromis pour mettre du Nutella sur leur baguette bio devenue hors de prix sur le Plateau. Mais maintenant que je sais qu’une soupe tonkinoise coûte moins de 50 cents dans les rues de Hanoi, le Nutella me tombe sur le coeur. Disons alors qu’un script a seulement été mis sur la glace. En attendant le dégel, je me contenterai des tartines au chocolat… qui ne sont quand même pas si indigestes quand on les retrouve en même temps que ses amis, sa famille, ses collègues… et le resto vietnamien du coin !

Poisson peintre cherche parapluie pour deux

J’aime bien tracer des lignes entre les moments importants de ma vie. Chaque borne plantée dans un plan de conscience marque un univers exploré. Plus je vieillis, plus je fais de liens et plus je trouve que le tableau me ressemble. Je le vois d’un bon oeil alors que d’autres n’y voient que des zigzags. C’est comme ça. L’appréciation de l’art est un domaine bien subjectif.

Mon aventure en Asie tire à sa fin et c’est donc le temps des bilans. Sur ma toile, de nouveaux traits commencent à se faire voir. En écrivant mon dernier article, j’ai d’ailleurs fait référence à des poissons jaunes et des parapluies que je perds tout le temps. Ca m’a rappelé un texte que j’avais publié en 2005. Mes plus fidèles lecteurs s’en souviendront sûrement. Mon blogue s’intitulait alors “Les turbulences du Poisson Jaune”. En trois ans, aidé de mon pied marin, les turbulences sont devenues des perturbations plus prévisibles. Ces ondes avec lesquelles je sais mieux composer me donnent maintenant envie de danser. Au son de ce nouvel air, je redonne donc une vie ( (( Sur mes ondes )) ) à ce rêve que j’avais fait lors d’un voyage d’affaires un peu moche chez l’oncle Sam.

Un parapluie pour deux

J’ai une relation plutôt ambiguë avec les parapluies. Je rêve souvent à eux. J’en possède plusieurs et ils sont généralement de piètre qualité. Achetés à la sauvette dans différentes villes, ils sont parfois encombrants et se cassent au premier coup de vent. Je les perds constamment et j’en retrouve invariablement d’autres un peu partout. Je gardais dans mon placard un parapluie pour deux. Je ne me rappelle plus très bien où je l’ai déniché. Il est noir, non rétractable et d’apparence solide. Le genre d’accessoire qui s’agence parfaitement avec un chapeau melon, que l’on ne peut pas acheter et seulement trouver par hasard dans un taxi jaune. Je ne lui ai jamais trouvé de nom mais j’ai rêvé à lui. Voici son histoire…

Mise en situation : Je suis réalisateur de films et j’assiste à l’histoire de ma vie que je suis en train de tourner. Trois … deux …un … action !

Scène 1 : Je suis seul dans un nouveau pays. On dirait Londres, ou c’était peut-être en Asie. Il pleut et, heureusement, j’ai pensé à apporter mon parapluie pour deux. Mais en sortant du métro ce matin-là, je l’oublie dans le wagon. Je sors le la station, m’assieds sur le bord du trottoir et je pleure. Une personne passe et m’offre de partager son parapluie avec moi. Je lui souris et on pars sillonner les rues de la ville. En s’arrêteant devant un monument ou un boulevard important, je prends une photo de nous deux, heureux. Click. Flash sur la photo usée par le temps.

Scène 2 : Déplacement latéral. Click. Flash sur une autre photo prise ailleurs sur le globe. Transition sur un enchaînement de scènes où l’on me voit, vieillissant au fil de mes périples. A chaque aventure sa photo et un nouvel ami sous un parapluie.

Scène 3 : Fin d’une journée ensoleillée à la fin août. On me voit vieux, seul et fumant ma pipe dans ma chaise berçante. Sur la gallerie, il y a des enfants assis autour de moi. Je raconte l’histoire de ma vie, mes voyages, de mes rencontres et leurs parapluies. J’ai un malaise soudain, je tombe et perds conscience. Une ambulance m’embarque, les portes se referment sous les yeux des enfants stoiques et je prends la route. En roulant sur le chemin de campagne, une traînée de poussière me suit. Nuage qui voyage aux quatre vents et gros plan sur un parapluie planté dans le sol verdoyant. C’est lui ! C’est mon parapluie pour deux ! De la poussière retombe sur le coucher de soleil, zoom arrière à basse vitesse, on voit les photos de mes amis de voyage qui poussent dans le champ aux côtés d’autres parapluies. La caméra recule en accélérant graduellement, dévoilant ainsi le grand portrait de ma vie. Traverse de nuages, c’est mon âme qui s’envole. Tellement léger et en orbite autour de la Terre, je fais un dernier tour de piste avant mon ultime voyage. C’est la fin et c’est plus beau que tout ce que j’aurais pu imaginer.

Le noir, l’espoir et le blanc

Je reviens d’une reposante journée de plongée au large de Sihanoukville, dans le sud-ouest du Cambodge. Ne faire qu’un avec les poissons jaunes en nageant dans les anémones bleues et les raies multicolores, ça recalibre le spectre intérieur. En fin d’après-midi, un buzz résiduel d’azote sous pression me rend totalement zen. Et même les deux pieds dans le sable chaud, je n’ai aucune difficulé à maintenir une flottaison nulle.

En revenant au village, j’ai constaté que la ténébreuse compagne avec qui je partageais la route depuis Phnom Penh s’était volatilisée pendant la journée. Elle ne m’a laissé aucune note, mais elle a tout de même payé la sienne avant de quitter. Le voyageur doit s’habituer aux au revoir et, après 4 mois, j’ai manifestement bien assimilé la leçon. Une Angkor en fût bien froide qui s’en vient, un clavier sous la main et des lecteurs au bout du fil, il serait difficile de trouver mieux. De toutes façons, meme s’il y avait mieux, qu’est-ce que ça changerait vraiment ? Il y a deux mois, sur les rives de Varanasi, je me suis promis de faire tout en mon pouvoir pour vivre dans le maintenant. Le passé et le futur étaient devenus trop compliqués pour moi. Mais il a de ces histoires qui sont parfois dures à enjamber…

Au doux son du mantra des vagues du Golfe de la Thailande que je vous écris ces lignes. Juste parce que je ne veux pas que vous m’oubliez, mais surtout parce que ça fait longtemps que je n’ai pas donné signe de vie. En fait, je n’écris presque plus, même pour moi. Depuis mon passage à Hanoi, mon Moleskine n’a pas grand chose à se mettre sous la dent. Chaque nouvelle feuille n’a droit qu’à une date, un nom de ville et 30 lignes de vide. Sentir les empreintes encores noires et vibrantes des siècles de guerre au Vietnam n’a rien de très réjouissant. Marcher sur des traces de sang presque fraîches dans une école transformée en centre de torture pendant les années de terreur du Khmer Rouge au Cambodge me laisse sans mots pour l’instant. Mes meilleures photos sont prises en monochrome et on n’y voit que du noir. Je n’ai pas envie de vous en faire broyer alors je m’abstiendrai pour l’instant. Après digestion, je vous promets d’envoyer un petit quelque chose.

Vous le sentez bien, cette dernière partie de mon périple gravite autour de thèmes un peu moins exaltants qu’en début de course. Mais après autant de moments d’extase, n’est-ce pas ce que l’on appelle l’équilibre ? Malgré tout, je ne vous surprendrai sûrement pas en vous disant que je capte encore de l’espoir partout où je plonge mes antennes. Les Vietnamiens sont de courageux survivants. La vitesse à laquelle ils reconstruisent leur pays m’inspire. Les Cambodgiens, quant à eux, sont les êtres les plus résisliants que j’ai rencontrés. Comment font-ils pour sourire aussi sincèrement en sachant qu’un de leurs enfants peut encore exploser à tout moment sous une des mines anti-personnelles qui tapissent le sol de leur pays ? Et dire qu’il m’arrive encore de m’en faire avec la pluie et le beau temps. Me voilà maintenant équipé d’une puissante paire de lunettes qui mettent les choses en perspective. Il me reste à être vigilant et ne pas les perdre aussi rapidement que mes parapluies.

Bon, puisque ma partenaire a levé les pattes, je vais aller faire un tour sur la plage et rencontrer de nouveaux voyageurs. Cette fois-ci, je tâcherai de faire connaissance avec des gens souriants. C’est dommage, elle avait quand même un petit quelque chose, cette Allemande qui étudie la philosophie au Tibet. Tout ça parce qu’hier soir, j’ai tenté de lui faire comprendre pourquoi, malgré toutes les horreurs dont l’humain est capable, je trouvais que la conscience, et la vie qui en découle, était ce qu’il y a de plus beau et puissant. Elle m’a alors qualifié d’être complaisant, manquant de pragmatisme et vivant dans une bulle de fantaisie. Quand on est un ingénieur, il est plutôt rare d’entendre de tels reproches à son égard. J’ai évidemment été flatté par son commentaire.

- “There is no such thing as God” a-t-elle rajouté.
- “C’est ça, va donc relire Nietzsche toute seule” lui ai-je silencieusement répondu par l’entremise d’un sourire
bienveillant presque baveux.

La légèreté de mon optimisme n’aura donc pas fait le poid face à celui du monde qu’elle porte sur ses épaules. Selon elle, je n’aurais pas assez souffert pour comprendre. Hum… en suivant cette logique, les Cambodgiens, les Vietnamiens, les Somaliens et ainsi de suite atteindront alors l’illumination bien vite ! J’en conviens, il y a de la lumière même dans les profondeurs de la souffrance. Mais si l’on doit inévitablement manger de la misère pour voir clair, l’obscurité des abysses me semble attrayante. Tant pis, ce soir je partagerai avec quelqu’un d’autre les fruits de mer qui m’attendent sur la glace.

Les vapeurs de lait de coco font gargouiller mon estomac, je file. En attendant mon retour, je vous fais parvenir une bonne dose de soleil, de calmars frais et d’amour. Bien oui, il y a tout ça dans ma bulle rose de rêveur fantaisiste.

“You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one…”
John Lennon

Repas de serpent à la vietnamienne en 8 étapes faciles

Dans les 3 derniers mois, je n’ai présenté sur ce blogue que des photos et des histoires à propos de mon voyage en Asie. Aujourd’hui, je vous propose d’aller un peu plus loin dans le partage des mes expériences. Voici des trucs de cuisine qui vous aideront à préparer votre propre repas de serpent à la manière traditionnelle vietnamienne en 8 étapes faciles. De quoi ajouter du mordant à votre prochain souper entre amis !

Avertissement : Le texte qui suit est purement fantaisiste. Il n’est donc pas un mode d’emploi ni une réelle invitation à suivre les étapes présentées. Le serpent-tigre est d’ailleurs une espèce protégée car en voie de disparition. À moins de provenir d’un centre spécialisé où l’on en fait l’élevage, il est interdit d’en faire la chasse. En d’autres mots, ne tentez pas de reproduire ce qui suit à la maison.  

Étape 1 : Trouvez des gens qui désirent vivre avec vous l’expérience d’un repas de serpent. Plus on est de fous, plus on s’amuse ! C’est avec mon amie Julie et deux de ses copains vietnamiens que j’ai eu la chance de tester le concept à Hanoi avant de vous le proposer.

  

Étape 2 : Partez à la recherche d’un serpent-tigre et ramenez le spécimen le plus gros et vigoureux possible. Pour vous guider dans cette étape, n’hésitez pas à contacter le club d’herpetologie le plus près de chez vous.

 

Étape 3 : Pendant que les enfants s’amusent avec la bête dont vous vous délecterez d’ici peu, rendez-vous au cellier vietnamien le plus près pour la sélection d’un vin de riz au serpent. Ou encore mieux, préparez-vous à l’avance et faites votre propre mélange maison. Ici, vous pouvez laisser libre cours à votre créativité et mariner autre chose qu’un serpent dans votre alcool. Des abeilles, une patte d’ours ou n’importe quel reptile peut faire l’affaire. Allez, un peu d’imagination !

   

Étape 4 : Avant de servir votre cru à vos convives, assurez-vous de sa qualité. Prenez le temps de bien apprécier la robe du vin ainsi que les formes et les arômes de l’animal dans lequel l’alcool a mariné. Puis, servez-vous une portion de dégustation.

 

Étape 5 : Avec toute cette facilité propre à notre mode de vie occidental, nous oublions souvent que l’on doit tuer un animal pour manger sa viande. Si l’étape suivante vous choque, ditez-vous que ce que l’on fait subir au serpent est très soft en mettant le tout en perspective. Par exemple, le traitement réservé à notre reptile est beaucoup moins cruel que le sort réservé à un poulet PFK avant qu’il ne soit servi dans une boîte de carton suintante, enterré de frites, aux côtés de petits casseaux de sauce brune et de coleslaw phosphorescente. Malgré tout, je conseille aux âmes sensibles d’arrêter leur lecture ici.

C’est donc maintenant l’heure de la préparation de votre serpent. Afin de faire souffrir l’animal le moins possible, il est important d’effectuer la première incision précisement, avec fermeté et assurance. Une simple ouverture sur le ventre, juste en-dessous de la tête, vous permettra d’extraire rapidement les organes vitaux. Mettez le foie et le coeur de côté car ils nous serviront plus tard. Recueillir ensuite le sang de l’animal dans un verre, puis extraire le liquide provenant du foie dans un autre récipient.

  

Étape 6 : Répartir le sang et la bile dans des verres de service et mélangez ces liquides avec un alcool fort de votre choix. Ici, la vodka vietnamienne est tout indiquée. À la courte paille, par une partie de twister ou d’un accord commun, sélectionnez l’heureux élu qui aura la chance de déguster le coeur encore battant de votre serpent. Ce dernier doit être ingéré d’un trait avec un shooter de sang que vous venez de préparer. Si vous êtes attentifs et avec un peu de chance, vous pourrez peut-être sentir les dernières contractions des muscles coronariens de l’organe vital qui passe dans votre oesophage. Vient ensuite le coktail de foie. Mais attention messieurs, il est à noter que ces mixtures ont apparemment des vertues aphrodisiaques explosives. Je n’ai cependant pas été en mesure de détecter un effet perceptible.

Étape 7 : En vous inspirant de recettes que l’on peut trouver sur Internet, cuisinez votre serpent en évitant tout gaspillage. Cette utilisation intégrale est la meilleure marque de respect que vous pourrez faire à l’animal qui a donné sa vie pour vous nourrir. Avec la chair, dont le goût et la texture rappellent un peu le poulet, on peut préparer une infinité de plats, en allant de la soupe aux rouleaux de printemps en passant par un simple riz frit. La peau peut être frite et son goût rappelle alors nos oreilles de crisse québécoises. L’ossature, quant à elle, peut être broyée puis assaisonnée et servir d’un plat d’accompagnement.

Étape 8 : Après toutes ces émotions, vous aurez certainement un petit creux. Présentez simplement vos mets sur la table, dans des plats de service et laissez vos convives se servir à leur guise. Accompagnez votre repas avec le vin de serpent sélectionné précédemment et profitez de la belle soirée entre amis. Bonne dégustation !

 

Hoi An en mille mots

À Hoi An au Vietnam, le taux de change entre une image et des mots est de un pour mille. Puisque je n’ai pas donné de nouvelles depuis un bout de temps et que je prends un avion pour Saigon dans 20 minutes, voici un résumé de ce que j’ai vu dans les 3 derniers jours.

Hanoi au quotidien

Il est 8h30 AM. Je vous écris ces lignes avec, en trame de fond, des ronrons de moteurs deux temps, des coups de klaxons et des discussions incompréhensibles en vietnamien. Il a fait exceptionnellement chaud sur la capitale dans les derniers jours. Mais dans le lobby du Bamboo Hôtel, sur une rue passante du vieux Hanoi, il fait présentement 11 degrés celcius et il pleut légèrement. Je commence à me demander comment je ferai pour survivre à un retour à Montréal en plein hiver. Malgré mes 3 pelures d’oignons en synthétique et mon coupe-vent en Gore-Tex, j’ai froid jusqu’aux os ce matin. Mais une brise d’oignons séchés et de riz collant enveloppé dans une feuille de bananier me file justement sous le nez (juste en dessous de la goutte qui y pend). Un bon déjeuner, même pris sur le bord de la rue, me réchauffera certainement. Accompagné d’un succulent café vietnamien, j’y feuilletterai mon guide pour décider si je file vers Hue ce soir ou demain, en bus, en train ou en avion.

Je vous laisse donc sur ces quelques photos témoignant de la vie grouillante, bouillante et trippante (avez-vous remarqué la subtile allusion aux abats de boeuf ici:-)) de Hanoi. Avec un peu d’imagination, je suis même convaincu que certaines saveurs se rendront jusqu’à vous.

Enfin une vraie soupe tonkinoise

Avec un léger retard de 2 heures, l’avion d’Air Asia qui me transportait vers Hanoi s’est posé, il y a déjà 4 jours. En vol, j’ai fait connaissance avec un couple de retraités québécois qui passent l’hiver en Thaïlande depuis quelques années. S’étant fait dire par une amie qu’il était possible d’avoir un visa en arrivant à l’aéroport, ils n’avaient pas cru bon entreprendre les démarches pour en obtenir un avant de partir. Évidemment, ils se sont fait arrêter à l’entrée et je ne sais toujours pas s’ils ont réussi à soudoyer suffisamment le personnel de l’immigration pour entrer au pays. Pour ceux et celles d’entre vous qui prévoyez voyager au Vietnam, il est donc bon de savoir qu’il est OBLIGATOIRE pour les Canadiens d’obtenir un visa au préalable, ou tout au moins, une lettre de pré-approbation de séjour envoyée à votre point d’entrée par une ambassade vietnamienne.

Après avoir attendu pendant plus d’une heure le couple avec qui je devais partager un taxi, j’ai finalement conclu qu’ils allaient devoir dormir sur un banc en zone internationale pour repartir sur le premier vol le lendemain. Je suis donc parti avec un couple de voyageurs fancophones rencontré au kiosque d’informations touristiques. En direction du vieux Hanoi, ces sympathiques quincagénaires new age ont bien tenté de sauver mon âme de “brebis égarée” en me convertissant à la méditation, au bouddhisme et à l’alimentation végétarienne. J’ai été peu surpris d’apprendre qu’ils revenaient tout juste d’un séjour au Myanmar. La scène était plutôt divertissante, mais tout de même un peu triste. En voyage, on rencontre souvent ce genre de nouveaux missionnaires zélés. Je suis toujours impressionné par combien, même après plusieurs années d’exploration spirituelle, ces gens s’acharnent à vouloir suivre les enseignements d’un maitre et rallier tout le monde à leurs croyances. Ce comportement ne va-t-il pas justement à l’encontre des valeurs de detachement et de liberté qu’ils sont supposés épouser ? Ça me semble de l’énergie perdue… Enfin, j’ai tout de même accepté le cadeau qu’ils m’ont fait : un livre du style “Boudhism for Dummies” écrit par un moine Thaï pour des lecteurs occidentaux. Je me suis bien bidonné en lisant le chapitre sur la comptabilité des “points de karma”. Comme si la vie, la réincarnation et l’exploration de la conscience pouvaient se résumer dans une feuille Excel. N’empêche que si c’était aussi simple, ce serait bien pratique !

En arrivant dans le vieux Hanoi, mon livre du parfait petit boudha sous le bras, il était minuit. Ceux d’entre vous qui me connaissez bien savez à quel point j’adore la soupe tonkinoise. Pendant mes années universitaires dans Côte-des-neiges, je pouvais en manger 3 à 4 fois par semaine. Mon flair tonkinois m’a donc rapidement mené par le bout du nez vers un sombre fond de ruelle ou j’ai trouvé le seul restaurant encore ouvert dans les environs. Ce bouillon réconfortant m’a fait sentir chez-moi et je me rends maintenant compte à quel point les restaurants vietnamiens montréalais sont authentiques. Après une bonne nuit de sommeil, je suis parti pour la baie de Halong dans un tour organisé. Minibus et kayaks ultra modernes, croisière sur un bateau antique en bois avec cabine privée, hôtel 4 étoiles, succulents repas adaptés à nos goûts personnels… du gros luxe de fin de voyage quoi. La sauce a particulierement bien pris entre les 11 membres de mon groupe et nous avons passé 3 jours mémorables.

Ma dernière compagne d’expédition vient tout juste de quitter la ville et me revoilà seul, prêt à faire de nouvelles rencontres enrichissantes en sol indochinois. Je vous invite à rester à l’écoute ( (( Sur mes ondes )) ). Dans les prochains jours, vous pourrez connaître les détails croustillants (et sanguignolants) du repas de serpent partagé avec mon amie Julie. Vous aurez aussi droit à des photos de la vie quotidienne de Hanoi et peut-être même du spectacle de “marionettes sur l’eau” auquel j’assiste ce soir. En attendant, voici quelques clichés de mes premiers jours au Vietnam.

Baie de Halong

L’île de Cat Ba

Mes compagnons de voyage


Palier de décompression terminé, manoeuvres de retour sur terre enclenchées

Voilà déjà quelques jours que je ne vous ai pas donné de nouvelles. La raison est bien simple : j’ai vécu une passion brûlante pour… un masque, des palmes et une bouteille d’air sous pression ! Oui, je suis tombé en amour avec les profondeurs marines de la Thaïlande. Voici, en capsules, les faits saillants de mes derniers jours.

Exploration des fonds marins
À mon arriveée sur l’ile de Ko Chang en Thaïlande, comme dans les trois dernier mois, je n’avais aucun plan précis. Par hasard dans la rue, j’ai alors rencontré Tintin (pas le vrai Tintin avec Milou là!). Il s’est avéré que ce sympathique Suisse francophone a vécu 7 ans à Ste-Adèle au Québec, qu’il est maintenant propriétaire de cottages à Lonely Beach et qu’il gagne sa vie comme instructeur de plongée. Cinq minutes après mon arrivée sur l’île, dans la même rencontre, j’avais donc touvé un cottage pour la nuit, un nouvel ami avec qui je partager des références culturelles du Québec et l’instructeur qui m’initierait à ma nouvelle passion. Hier, en quittant Ko Chang, j’avais donc à mon actif 10 plongées et une certification “PADI Advanced Open Water Diver”. À cela s’ajoute toutes les personnes intéressantes rencontrées sur le bateau. Je pense déjà à écourter mon séjour au Vietnam pour faire une croisière de plongée aux iles Similan dans la mer d’Andaman. Il semblerait que par sa faune et sa flore sous-marine exceptionnelle, c’est le plus beau site en Thaïlande. Mais bon, le Vietnam offre aussi de belles possibilités de plongée alors toutes les options sont encores ouvertes.

Une autre rencontre intéressante dans un bus
Hier, au retour vers Bangkok, j’ai rencontré Kirsten, une jolie, spirituelle et amusante allemande. Au début, c’est son équipement de plongée accroché à son sac qui a attiré mon attention. Après quelques secondes, j’ai constaté que son tuba n’arrivait pas à la cheville de ses yeux, alors j’ai rapidement trouvé un moyen d’entamer la conversation. Mon visage lui disait quelque chose. Et en discutant un peu, nous nous sommes rendu compte que nous avions sejourné à Pondicherry en Inde au même moment pendant le mois de décembre. C’est là qu’elle m’aurait vu. Oui, le monde est petit (j’entends d’ici mes amis amateurs de Ding et Dong répondre en coeur “oui mais y’est cute pareil!”). Mais en acceptant la vie de voyageur, il faut aussi accepter les aux revoirs parfois plus douloureux que d’autres. Ce soir, je pars donc pour le Vietnam et Kirsten s’envole une seconde fois pour l’Inde. Nous aurons à peine eu le temps de partager un Pad Thaï et d’aller prendre une Singha. Je maudis ces compagnies aériennes peu flexibles avec lesquelles il est impossible de repousser des dates de départ !

Une aiguille dans une botte de foin !
Ce matin, je suis allé prendre un dernier petit déjeuner thaï au coin d’une rue. Au menu : riz, porc BBQ et légumes. Devant cette scène matinale typique, je décide de prendre une photo de l’activité urbaine. Et vous ne devinerez pas sur qui je suis tombé. Non, quand même pas Amram le vieux sage de Delhi rencontré une seconde fois à Hampi. Là, ça aurait été trop fort. Je zoom sur un rickshaw, je cadre et je vois… Geneviève qui traverse la rue dans mon viseur ! À travers tous ces millions de Thaï et de touristes, il aurait été probablement plus facile de trouver une aiguille dans une botte de foin que de tomber par hasard sur Geneviève. J’ai donc eu l’occasion de la revoir avant son départ de ce soir. Geneviève, je te souhaite un atterrissage en douceur sur la métropole. Dans quelques mois, nous retrouverons la verdure, la chaleur et la quiétude de notre Parc Lafontaine… y’a de l’espoir.

Et sur ce, bien malgré moi, je commence moi aussi à entrendre les tic tac de l’horloge de mon retour. Plus que 5 semaines à essayer fort de vivre le moment présent devant cette perspective d’un retour au métro-boulot-dodo. Mais dans les 3 derniers mois, en même temps que l’Asie, j’ai découvert au fond de moi un territoire tout aussi vaste. Et celui-là, je crois bien qu’on peut l’explorer de n’importe où sur la Terre. Puis y’a quelque chose qui me dit que je ne resterai pas loin de ce riche continent asiatique pour très longtemps. Il n’y aurait pas des compagnies québécoises dont la croissance s’étendrait en orient et pour lesquelles je pourrais travailler ? Je lance l’idée juste comme ça au cas où quelqu’un lirait ces lignes :-)

Je vous laisse sur mes seules photos prises dans les 2 dernières semaines.

Grand Palace à Bangkok

L’île de Ko Chang