Il y a exactement 365 jours, je terminais un trek dans l’Himalaya. Je me rappellerai longtemps de cette journée où nous avions gravi ces 1600 mètres en une journée. En bas, il y avait des sources d’eau chaude, des oranges dans les arbres, des rapides d’eau pure et bleue… et en haut, une vue imprenable sur les plus hauts sommets de la planète. Je venais de rencontrer Julie et Jon, des compatriotes québécois. Avec eux, mon amie Geneviève et tout ce que je possédais sur mon dos, je me rappelle être allé au bout de moi-même. À la fin du trajet entre Tatopani et Gorepani, nous avions trouvé une modeste auberge à flanc de montagne, un foyer bien rempli, de la tarte aux pommes maison et encore de l’énergie pour faire la fête toute la nuit. C’est ainsi que je donnais le ton à une quatrième décennie de vie et à une rocambolesque aventure de quatre mois dans un continent fascinant. Avec ces images en tête, un an plus tard, il est encore plus dur d’accepter la transplantation de mon backpack par un ordinateur portable avec lequel je converse dans un langage bizarre en forme de grille Excel et de rapports d’analyse tellement politically correct qu’il faut les faire bouillir toute une nuit pour en extraire de la substance. On récolte la poésie que l’on a semée. Avec le reste du cheptel, me revoilà à brouter 50 heures par semaine les petits bouts de fraîcheur que l’Amérique corporative veut parfois laisser s’échapper de son gros sac plein de rêves. Derrière mon bureau et ma laisse Wi-Fi, j’ai parfois l’impression de devoir marcher sur des œufs. Marcher avec une retenue imposée, planifiée pour de ne pas éveiller d’embryons qui pourraient éclore et prendre de place dans le poulailler.
Mais depuis mon retour, l’aventure se poursuit. En atterrissant à Montréal, ma sœur m’a appris que j’allais devenir parrain. Quelques semaines plus tard, le cœur léger dans un énorme ascenseur vide, j’ai rencontré celle qui a tout pour devenir la marraine. Vous savez… celle qu’on avait arrêté d’attendre… eh bien c’est elle. Et puis il y a eu mon déménagement dans un appartement où il fait bon vivre, les excursions improvisées à la plage avec celle qui est devenu ma compagne de vie et la naissance de ma fieulle. Tous des événements qui me font réaliser que la vie, même en citadin sédentaire, est un voyage fantastique. Mais depuis mon retour, plus que jamais, je comprends que je ne suis pas fait pour le tourisme. Dans un cubicule gris mal aéré, le décalage est trop grand pour moi. Guide touristique m’irait peut-être ? Ou tout simplement grand aventurier ?
Je sens mes trippes gronder. De la braise encore bien chaude n’attend qu’une toute petite branche pour alimenter mon dirigeable. Et si je n’étais revenu que pour y chercher ce que j’avais laissé et mieux repartir ?

